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Station 18327

Expositions - Exposition à venir

Carte blanche au Centre Tignous

Exposition prévue pour septembre - octobre 2023, Montreuil

Artistes invité·e·s : Juliette Green, Joris Heraclite Valenzuela, Charlotte Nicoli, Zoé Philibert, Loïs Szymczak, Aliha Thalien

Au Moyen-Âge, le moulin est un haut lieu du commun et de la vie sociale, économique, agricole. Chacun·e apporte son blé - parfois d’autres matières premières comme des peaux, de l’écorce – le meunier active le mécanisme des roues, des ailes, utilise l’énergie naturelle pour transformer cette matière première en un dérivé qui répondra à un besoin précis : s’alimenter, se vêtir ... Le Centre d’art se métamorphose en moulin, une unité de production débarrassée de la notion capitaliste, car il n’y a pas d’exigence de résultat, de profit, de rentabilité. Les expériences de transformation menées par les artistes, en compagnie ou non des publics, produisant des formes plus ou moins matérielles, multiples, rejailliront vers l’extérieur, soit dans des lieux identifiés et partenaires (commerces, piscine, panneaux d’affichage), soit dans des usages communs de la ville plus diffus et ancrés dans les expériences à l’extérieur ou dans l’intimité (prendre son courrier, accompagner ses enfants à l’école, attendre le bus) ou encore dans l’espace public et sur la voie publique (trottoirs, lampadaires, mobiliers urbains).

Le Centre d’art remplit alors une double fonction, celui d’un espace d’accueil, de repos, de travail de chacun·e, mais il est aussi un espace de transit pour des œuvres, qui voyagent d’un lieu à un autre à travers la ville, formant une sorte de constellation. En 1963, Clifford D. Simak publie Au Carrefour des Étoiles, une ancienne villa bourgeoise perdue dans la campagne américaine y tient le rôle principal de relai intergalactique entre la Terre et les mondes extra-terrestres de la galaxie, Station 18327. Des voyageurs s’y arrêtent pour une nuit, parfois plus, partagent avec le gardien des savoirs-faire, des objets, l’initient à leurs langages et systèmes de pensée. Ce relai surprenant et secret devient le dernier recours à l’effondrement qui menace la civilisation humaine, minée et divisée par conflits et guerres. Le savoir des civilisations extra-humaines charrié par les voyageurs, et accumulé entre les murs offre des potentialités et des solutions dans les manières de renouveler le vivre ensemble et de faire société sur Terre. La translation de ce récit de science-fiction à l’échelle du Centre d’art vient parachever cette entreprise de bouleversement des codes et des repères classiques de l’exposition, en lui donnant une nécessité, une responsabilité sociale. L’inversion des usages du Centre d’art et des formes exposées n’est ni gratuite, ni un prétexte curatorial. Au contraire, le Centre d’art devient un lieu de transformation artistique, et mais surtout un acteur prégnant dans la transformation de l’expérience sociale de la ville, de l’appréhension de l’art par les montreuillois·oise·s. Laboratoire artistique et fabrique du social, le Centre Tignous devient un carrefour, avec un rôle décisif à jouer dans la qualité de nos manières de voir la ville, de la parcourir, et finalement de l’habiter.